dimanche 29 mars 2009

Le 21 octobre 1965 – 3e aube


Je relis les choses inutiles et fausses écrites la nuit.

De ma fenêtre, le paradis m’apparaît clos comme une tombe. Une cloche sonne au loin, pour quelle fête ?

Je poursuivrai ma quête de lumière vaine et inutile jusqu’à ce que mes yeux brûlés à la clarté trop vive ne se referment sur l’absence de Tout. Et la Plage m’accueillera dans l’Aube éclatante.

J’ai fait cette nuit un rêve d’Amitié, un rêve d’Amour, un rêve d’Enfant.

Je suis celle qui reste au logis et te montre du doigt au Prince de l’Exil.

Mes yeux ne te mentent pas, ô Prince.

Au soir de ce 21, la quête de lumière m’épuise dans mon inappétence.


Lettre à l’Ami du 21 octobre 1965

Ecoute KAM., mon ami mon frère, je t’apporte la bonne nouvelle, la lumière s’est faite en moi ; péniblement à travers mes opaques ténèbres j’ai cheminé comme Petit Bossu, me déchirant aux ronces et aux épines du chemin, et j’ai enfin découvert la clairière, l’aube s’est levée. Tu sais que ce récit est extraordinaire, mais je l’avais oublié, on oublie toujours tout et il faut sans cesse retrouver le chemin ; l’on trébuche et l’on se relève, l’on tombe encore, notre main se tend vers la fleur merveilleuse, et la pierre faisant obstacle, on ne peut l’atteindre, l’on oublie sa présence et pourtant elle est là.


Ecoute, je suis dans la fièvre. Ton Message – qu’il soit le bienvenu – a distillé lentement sa vérité dans mon être. C’était d’abord un pâle reflet, l’opacité était telle en moi que nul rayon ne filtrait. J’ai lu et relu cette page, cette source magnifique et trop lointaine, et j’ai puisé à d’autres sources plus proches, celle que j’ai ici : André Frénaud, St John Perse. Lis-les si tu le peux. Je te ferai parvenir des lambeaux de lumière, je ne t’abandonnerai pas. Tu es un Prince exilé, je le savais ; sais-tu c’est aussi le titre d’un poème de St John Perse. Tu m’as montré du doigt la source et je t’en suis ô combien reconnaissante. Je ne la laisserai pas tarir en moi, et je la grossirai des eaux pures rencontrées çà et là, et je te rappellerai ces eaux je te le promets, car sans cesse l’on oublie et se perd dans la nuit, et peut-être toi mon frère d’exil t’es-tu déjà perdu depuis. Mais « ne crains point, crois seulement ». Je te ferai parvenir des messages. Ecoute, à l’instant où j’allais t’écrire, la lumière manque, c’est la panne, j’ai dû aller chercher des bougies, n’est-ce pas merveilleux ! Tu vois, nous sommes des frères d’exil (quelques-uns qui savent, très peu), et nous nous montrons du doigt l’étoile qui marche ; les nuages passent et la dissimulent à nos yeux éblouis par la trop vive clarté, et nous scrutons désespérément le ciel... Nous ne trouvons qu’opacité ; elle apparaît à nouveau. Perpétuellement nous doutons : la nuit remet tout en question et des tâches sombres imprègnent l’aube.

Je suis dans la fièvre et ne peux te parler clairement ; je suis trop impatiente de lumière, alors écoute :

L’aube est lumineuse, et
« déjà la soirée s’épaissit comme un lait » (St John Perse).

La lumière revient alors et j’allais t’envoyer le message qui suit :

« Ô joie inexplicable, sinon par la lumière ».

Dans ma solitude, je te dis en vérité, j’ai retrouvé le chemin de la vie et je n’aurai de cesse de le communiquer et de renvoyer le message à mes frères d’exil. Ô écoute KAM., mon frère, et ne doute jamais plus, car nous vaincrons et perpétuellement nous nous renverrons des signes.

Ecoute encore :

« D’un exil lumineux et plus lointain déjà que l’orage qui roule...
Nourri du sel de notre solitude »...

Ecoute KAM., c’est tout pour aujourd’hui mais reste en éveil je te le dis, et retrouve aussi les messages oubliés.

Ma fièvre est trop grande, mon impatience me talonne, et je refais seule dans mon humilité déchirante, le chemin des ténèbres vers la lumière, et je suis malhabile et je m’impatiente, mais je ne lâche pas prise, je ne lâcherai pas pied. J’ai trouvé, j’ai retrouvé.

J’écris ma Quête de Lumière, que je peux aussi appeler Corde Raide et tu comprendras pourquoi lorsque je t’aurai expliqué un rêve d’autrefois, mais tu comprends déjà que c’est inutile, tu sais, je dansais sur une corde raide et tombais ensanglantée. Je pourrais appeler ce récit « Mourir l’Amour dans l’Âme ».

J’ai redécouvert les Lois de Mouvement et d’Amour, lois de la Vie. Dans cet « état de siège » je tiens, mais à moi aucun message ne parvient de mon Prince, mon frère d’exil, et je suis inquiète et torturée.

Ô KAM., mon frère donne-moi de ses nouvelles. Sais-tu quelque chose ? Je crains qu’il ne soit allé errer dans les ténèbres encore plus opaques de quelque autre pays, oubliant que la lumière se fait en lui, je crains qu’il n’ait perdu les traces dans « cette chiennerie de bonne continuation ».

Alors si tu le vois, montre-lui ce message. Et dis-lui que d’autres tout aussi urgents l’attendent là où je crois qu’il se trouve.

Le temps presse, fais vite. Tu sais que chacun de nous – berger du troupeau – peut aussi oublier les signes. Il ne faut pas lâcher nos mains. Ecoute j’ai fait des rêves, j’ai eu des signes éclatants depuis le 18, crois-moi, je ne peux pas tout te dire, je n’ai pas le temps, je continue, je brûle les étapes, je marche, mais je ne t’oublie pas, je n’oublie pas ton frère mon Prince, dis-le lui bien.

Je t’apporte la certitude, mais rassure-moi. J’ai peur pour toi, pour lui, j’attends…
J’allais sombrer, je préparais ma mort et je sais pour toi, alors écoute… j’ai des brassées d’images de lumière. A toi dans les ténèbres, des miennes ténèbres, je te montrerai du doigt l’étoile qui marche.

J’en perds le boire et le sommeil, je ne mange rien. Tous les textes sont clairs, presque tous.

S.O.S. J’ai relu les derniers messages de détresse – les siens – et je suis horrifiée. Dans ma propre nuit je ne les comprenais pas, maintenant tout « éclair ». Fais vite, je t’en supplie.

J’ai dans mon humilité erronée téléphoné à son ancienne attache, l’on m’a assuré qu’il était bien mais je n’en crois rien.

Tous les textes sont clairs, presque tous.

Où est-il ? Je retéléphonerai mais cette voix, voie, n’est pas sûre.

Je ne pourrai plus te parler que par images trop claires.

Les signes se multiplient : sur ma feuille de papier un cheveu fait un cercle fermé.

A bientôt, le plus vite. Rappelle-toi : les voix se répondent. Lis tous les poètes, je t’en indiquerai. Lis Fernando Pessoa, lis ceux des langues que tu connais, et le cercle se referme.

Si mes lettres ne te parviennent pas, ne m’en veux pas, je n’ai pas le temps, mais si tu es dans la nuit à quelque instant que ce soit, arrête-toi à temps, demande-moi des signes et je te les ferai parvenir au plus vite, et

« Ne crains point, crois seulement ».

Je vais à toutes les sources je te l’ai dit. J’explore la peinture, j’ai des messages à donner là aussi, et il faut que je fasse vite. J’ai trop erré.

Il y a tant de choses fausses qu’il nous faut balayer.

Je t’aime mon frère et ne m’abandonne pas.


La bonne nouvelle annoncée, la lettre à l’ami n’est pas fermée que déjà je doute de moi, je doute de tout.

J’étudierai les signes, toutes les voix : Pascal, Hugo. Je noterai toutes les images : le sommeil du petit JOR. ; ses sourcils : serpents du doute et de la foi qui s’entre-dévorent. Ô enfant, tous les signes sont sur ton visage. Les dessins de ma K. Je renouvellerai les signes.

« The House Of The Rising Sun ».

Importance de l’enfant.

Il ne faut plus se cacher.

Ecoute : tous les chants, toutes les chansons portent des messages.

Si tu as compris cela il ne doit plus y avoir de doute en toi, d’aucune sorte, que ce soit à Paris, à Lisbonne ou ailleurs, dans quelque famille que ce soit.

Tu sais que vivre le plus haut est le meilleur moyen d’être vu par tous. L’on se montrera. On le montrera Lui , le Messager, le Magnifique.

« Rêve, ô rêve tout haut ton rêve d’homme et d’immortel ».

« Ceux-là qui de naissance tiennent leur connaissance au-dessus du savoir ».


Lettre 6 à J.

Porte la nouvelle à tous là-bas. Tes amis que tu croyais être tes amis sont tes amis. Ne doute point, transmets-leur la parole d’Amour, tu verras ils t’aimeront, ils te le rendront au centuple et pardonne-leur car ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Je sais qu’ils l’avaient oublié, qu’ils doutaient. Arrache de leur cœur le vers et ils verront, ils entendront, ils se lèveront en masse et ils te suivront. Je sais qu’ils s’accrochent à tes pas, ils ne savent encore pourquoi. Donne-leur la lumière à tous par ton Amour. Ils croiront et ils ressusciteront, et tu en seras grandi, tu seras vraiment toi mon Amour.

Tous ceux que tu n’aimais pas se meurent, tu as eu déjà des messages de ton ami. C’était faux tu le sais ; qu’avez-vous fait alors, vous vous êtes rassemblés, vous avez tenu conseil et la lumière a jailli. La mort est un faux message. Je n’y crois plus, je te le dis en vérité, nous sommes tous immortels, je t’assure cela n’est pas une image, J., ô mon J., mes yeux ne te mentent point. Je le sais, moi qui ai eu plusieurs morts et qui ai cru et ai été sauvée. Je t’en parlerai de ces morts. Et sans cesse il nous faut ressusciter dès que le ver se met à nous ronger ; mais il ne faut plus le laisser entrer dans nos cœurs. Je te le dis mon J., je peux par mon message rendre la vie à un mourant et tu le peux comme moi, et tous ceux qui croient et tuent en eux le doute.

Tu sais, j’ai cru que j’allais mourir l’autre nuit, je te l’ai déjà dit, je te le répète : il faut toujours assurer nos positions. Le doute grandissait, j’étais dans l’effroi. Et près du petit JOR., je t’ai appelé. J’ai appelé. J’ai parlé tout haut, je ne sais combien de temps, j’ai appelé, prié. C’est ce que j’appelle mon illumination. Quelques-uns ont connu cela. Puis l’ombre vient. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que l’ombre est le message d’une lumière plus grande.

J’étais dans l’angoisse pour toi, je te savais en grand danger et j’ai frappé à toutes les portes. Je n’ai pas dormi cette nuit, j’ai prié Dieu. J’ai eu froid, un grand frisson m’a parcouru, j’ai dû allumer le chauffage que j’avais acheté il y a peu de temps. J’ai enfilé des bas de laine que j’avais achetés le jour même (tous les signes sont bons, tous). Et je continuais à avoir froid et à trembler. Depuis le 18 déjà, je ne mangeais rien que des fruits. J’ai eu faim et j’ai eu soif. K. m’apportait de l’eau, et l’eau ne me désaltérait pas. J’ai bu toute la nuit et j’avais la bouche sèche, et les gâteaux « Maria » que je mangeais étaient du sable dans ma bouche, je devais les tremper dans l’eau pour arriver à les avaler, et les fruits que je mangeais avaient un goût d’eau. Les aliments n’ont pour moi aucune saveur. K. non plus ne mange pas.

Je me suis alors nourrie de la parole divine. J’ai écrit dans mon lit, écrit, lorsque j’avais froid, et puis mon cœur a faibli et j’ai pensé : « Lève-toi et marche ». Je me suis levée avec mon cahier que j’avais acheté ce jour et mon stylo, et je suis tombée près du lit de K. J’ai lâché cahier et stylo, je ne pouvais plus écrire. Alors j’ai réveillé K. et je lui ai dit de t’appeler car si elle ne t’appelait pas, si elle ne prononçait pas ton nom, si elle ne priait pas Dieu avec moi, je mourrais à ce monde car mon cœur brûlait trop, la lumière me faisait trop mal. Et j’ai parlé à K. et lui ai demandé secours, car sans cet ange j’étais perdue ; il y a des anges partout, il faut frapper à toutes les portes ; l’enfant est né ange tu le sais, et notre déchéance ne remonte pas plus loin qu’à notre enfance. Chaque fois que naît un être nous avons une chance d’être sauvés et de croire, car il nous apporte le message de Vie, et depuis tant et tant de siècles nous n’avons pas encore compris cela. Alors tu comprends pourquoi l’Amour est la première loi de la Vie, sans elle l’enfant meurt et nous avec lui.

J., tout ce que je te dis est essentiel. Ne perds rien.

K. s’est accrochée à mes pas, elle a mis ses mains sur mon cœur comme je le lui demandais et elle m’a sauvé.

« Qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus, sinon l’enfance ».

J., ta petite sœur A. est malade, tu le sais. C’est parce que tu ne l’aimes pas. Envoie-lui ton message vite, elle n’a rien à faire à l’hôpital, c’est toi qui peux la guérir car tu es son mal.

Tout le mal vient du manque d’amour. KAM. avait raison : le mal n’existe pas, le néant non plus : c’est l’absence de Bien. La mort non plus, car elle est l’absence de Vie.
Ô J., aide-moi à renverser les murailles de plâtre de l’erreur, et alors réapparaîtra le mur lumineux de l’Eternité, mon mur de l’Eternité.

Porte à ta petite sœur ton message d’Amour. J’irai la voir si je le peux, et lui dirai déjà que tu l’aimes ; je dois retéléphoner à ta mère pour lui dire que je suis rassurée, que je n’ai plus de doute à ton sujet et que tout va bien ; car lorsqu’elle était venue me voir, je doutais et lui avais insufflé le doute alors que je croyais lui apporter un message de vie, car je n’avais osé lui transmettre ce que j’avais écrit : la nuit était venue en moi et je n’y croyais plus.

Mais c’est de nouveau la pleine lumière.

Une chose réelle : le Rêve. Les rêves sont des messages. Tout est message.

Porte ton message d’amour à ta mère qui n’a jamais douté de toi, et à ton père. Ta mère est une « Appelée » et elle est très belle, j’ai beaucoup de choses à te dire à son sujet, elle s’appelle Blanche ne l’oublie pas.

Tout est dans le nom.

Mais elle craint pour toi, et il faut la rassurer ; elle a peur que je t’ôte la Vie. Mais dans notre obscurité mutuelle, nous n’avions ni l’un ni l’autre compris le message que nous nous apportions réciproquement. Moi, je lui téléphonais pour avoir de tes nouvelles et il suffisait qu’elle me dise que tu allais bien, ce qu’elle fit. Mais je doutais, et lui communiquais mes doutes tandis qu’elle m’apportait des certitudes : tu étais bien, les enfants étaient la Vie. C’est vrai, tout est vrai ; ta mère est une très Sage, honore-la. (Honore ton père et ta mère). C’est trop long à dire.

Ton père a sur son cœur l’image d’une vierge.

Je pensais qu’il fallait brûler toutes les images avec mes anciens préjugés de protestante. Il ne faut pas détruire les images. Ce sont les seuls témoignages des vérités perdues. Ton père prie la vierge, mais il ne sait pas qu’elle est près de lui en la personne de B., sa femme, qui l’a toujours aimé. Mais il a commis comme nous tous le péché d’orgueil, qui est le seul je crois avec le doute, et il a renié celle qui était source de vie, puisque source d’amour, sa femme, la mère des enfants qu’il aime, son Eve, sa femme de tout temps, sa vierge.

Transmet des messages d’amour aux tiens, à tous ceux qui t’entourent.

Mais tu sais tout cela, ton mal à toi comme à nous tous c’est le doute ; arrache-le de ton cœur. Et ta mère n’aura plus besoin de pilules ni de médecin car c’est toi son guérisseur et nous tous qui la connaissons ; moi aussi qui l’ai faite souffrir tout le mois de juillet car c’est elle qui portait ma souffrance, moi j’étais bien je te l’assure. Et ta sœur sortira de l’hôpital, sa vie c’est toi, et ton père ne se cachera plus pour aimer, car son amour est sous son toit, dans sa maison.

J., mon Dieu, je te l’avais dit, tu es tout pour moi : et mon père, et ma mère, et mon frère ; et moi je suis ton enfant mais ta mère ne le sait pas, qui croit que c’est toi l’enfant, parce que tu es un Pur à jamais et pour toute l’éternité, comme le sont les enfants. Et ma mère dans son ignorance, aussi m’a fait du mal, mais je lui ai pardonné comme j’ai pardonné à tous, et nous irons porter le message à tous les Castafiore du monde, dis-le bien à KAM., car « nous sommes tous des assassins ».

Tout est vérité : il faut voir, entendre, comprendre et transmettre.

Et ceux qui ne sont plus des Castaf’, ni des assassins ni des Folcoche (voir la mère d’Hervé Bazin dans Vipère au poing), ceux qui comme des bêtes se sont assez nourris de racines au pays des hommes, ceux qui ont marché à quatre pattes longtemps (Le dernier des justes de Schwartzbarth) ; enfin, lâchons le mot comme tu le dis mon Amour, ceux qui sont de la Famille des Purs qui s’accroît chaque jour, les Elus, les Exilés, les Immortels, oui KAM., ceux qui ont ouvert les yeux et entendu, et qui de toute éternité ne douteront plus de leur Race, nous devrons entraîner en notre suite et purifier tous les pestiférés (oui, Camus, La peste)… Tout est message de vérité : ils ont tous « Les mains sales », et il y partout des mouches.

Nous relirons ensemble tous les messages et nous les corrigerons, le mien aussi, et nous écrirons ensemble le grand livre de la Vie ; non, nous ne l’écrirons pas, nous le parlerons, car tu le vois, j’ai abandonné mon livre puisque j’en envoie les feuilles à tous vents, par Avion et en Express – vers toi et tous ceux de ta race –, tous les vents bien entendu qui vont grossir la tempête de la colère du Juste (Et s’il en est un je serai celui-là, oui Hugo), de la colère divine.

Car c’en est assez du mal et de tous les faux Messages et de la Mort, et de la mort des Purs et des Enfants.

Il faut abolir la peine de mort.

Imagine la puissance d’un Einstein orientée vers la Voie de Dieu. Nous serions sauvés. Et Hitler et tous ceux-là, et notre actuel et très paranoïaque De Gaulle : ils sont tous malades, il faut les guérir.

Nous irons en légions du ciel, en Cavaliers du ciel (Oui Bécaud, gueule-le bien haut).

C’est l’heure du lait de notre très doux, notre très tendre, notre petit roi nouveau-né, notre Petit Prince JOR…. à tout à l’heure.

Nous retournerons dans notre ancienne famille car il n’y a qu’une grande famille, qu’une Maison, et nous sèmerons la parole d’Amour.

Et K. partira chez son père et j’aurai le cœur serein, car je sais que son père l’attend avec amour car il a conscience qu’elle est l’ange, l’origine du Paradis qui est Ici même, et je l’ai déjà dit à K. qu’elle ne devra pas craindre de quitter la maison car là-bas aussi est sa maison, et la nouvelle femme de J.M., sa mère aussi, car elle l’aime déjà sans la connaître.

La technique n’est pas pour les chiens, c’est une métaphore mais elle est vraie. Elle est pour nous – Messagers du ciel.

Relis ton Fernando Pessoa, mon J.

« Emissário de um rei desconhecido ».

Non plus desconhecido. Tout est écrit en termes d’ombre et de lumière. Il faut voir, lire, interpréter juste. Pessoa est pour moi obscur puisque je ne sais pas le portugais, et lumineux. Et l’ombre est encore de la lumière, je te le dis mon J., ne l’oublie jamais.

« Esquecer o meu orgulho
Esquecer o deserto… ».

Nous le lirons ensemble, et tous les textes oubliés et les plus anciens, et la Bible et les poètes. Mais la lumière est en nous, bien avant notre culture tu le sais, et le savent aussi tous les Appelés.

Ô mon J., souviens-toi que je t’attends dans la douce maison où luit le sourire du Roi, ton fils nouveau-né.

Le 21 au soir.


Lettre 7 à J.

Ecoute-moi J., je t’envoie mon message, le message qu’Il vient de me faire parvenir, et je te le renvoie à travers les Portes de la Nuit. Ecoute-moi. Ecoute-le Lui le Messager. C’est la quatrième aube depuis ma naissance (le 18), elle va bientôt naître. Elle est là. Maintenant que j’écris il est minuit et demi, j’ai été pour la deuxième fois (vois mes messages précédents) illuminée.

J’ai parlé car Il m’a parlé, et je t’ai appelé du fond de ta nuit et de ma propre obscurité, car je sais que tu es en danger. Je t’ai déjà sauvé, mais alors je ne savais pas ce que je faisais – et les mots que je prononçais comme une formule magique, je ne les comprenais pas, tu entends ? Souviens-toi de l’Autre Pays. Je n’ai pas pu me rappeler ce que je disais : quelque chose comme « Ô mon Dieu, au nom de ton fils J.C., toi qui m’a donné la vie, rends-la à celui qui me l’a transmise ». Le message était perdu, je viens de le retrouver – loué soit-il, je ne cesserai de le louer et de prier. Cette nuit, toute la nuit, je veillerai, malgré les doutes qui subsistent encore et qui viennent troubler dans ma fièvre cette clarté trop lumineuse. J’ai abandonné ce soir les autres messages ; les pages que j’ai noircies et que tu liras bientôt te paraîtront comme à moi vides de sens, périmées et obscures, car à mesure que j’avance c’est de plus en plus clair ; j’ai écrit à l’ami pour lui annoncer la bonne nouvelle, car c’est grâce à son message auquel j’ai répondu il y a peu de temps que j’ai entrepris cette marche des Ténèbres vers la Lumière. Je t’expliquerai tout. Je ne peux pas le faire ici, le temps presse. Et tu es en danger, il me faut prier sans cesse pour ne pas perdre le message : « Cavalier du Ciel… ».

Je t’appelle, te crie du fond de la nuit, écoute-moi, arrête tes pas et retourne-toi, je t’appelle (Ah ! c’est perdu). Ecoute, viens, je t’expliquerai tout, tous les textes – presque tous – sont clairs et transparents, lumineux à mes yeux dessillés. Je te les montrerai. Tu me demanderas de te parler de Pascal, Hugo et tous les poètes, les maudits aussi – Baudelaire –, et je t’expliquerai car la lumière s’est faite en moi.

Ecoute, depuis le 18, je ne mange plus, ne bois plus, ne dors plus, et mes nuits sont traversées de songes lumineux (Ô j’entends l’écho, c’est l’écho de tes propres lettres, Mon J., ô mon Amour – qui résonne). Je ne comprenais pas, tes lettres m’étaient obscures, maintenant je sais, je les sais toutes comme si je venais de les lire. Surtout les derniers messages, courts, avec ton souffle coupé de chevalier errant, ô mon Amour écoute-moi, écoute-moi dans la nuit, je suis derrière toi, je m’accroche à tes pas.

Ce que je t’écrivais hier m’a été dicté, quelqu’un a guidé ma main, mais je ne savais pas ce que j’écrivais, je ne comprenais pas le clair message. C’est seulement après avoir puisé à la source plus sûre de St John Perse que j’ai trouvé un sens à mes propres paroles et aujourd’hui davantage ; après l’Illumination qui a été la mienne, ma plume court et s’arrête, déjà j’ai oublié, mes pauvres mots ne savent traduire.

Je continue, je t’attends, je t’aime.

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