Je me suis endormie et ils m’ont veillée, les anges. Petit JOR. n’a presque pas bu son lait à 7 heures, il remue sans cesse, les lèvres assoiffées. Mon ange K. collectionne tous les bouts de papier, les signes.
JOR. s’inquiète dans son berceau.
Il faut être prudent, nous sommes sur des sables mouvants, la maison marche je vous le dis.
Tout est clair, je l’appellerai mon Petit Prince, mon Roi nouveau-né, et je ne savais pas que je disais la vérité. Maintenant je sais.
J’ai pleuré ce matin, de la détresse de mon aveuglement à moi aussi, et je trouverai les forces pour témoigner à ceux qui m’avaient tendu la main ; je n’avais pas compris qu’ils m’ouvraient les portes de leur maison. Je disais ce n’est pas sûr, rien n’est sûr. Oui mais il fallait entrer, ne pas refuser la main tendue je vous le dis, et si faible soit la lumière elle était, et si vous vous étiez nourris, si je m’étais nourrie à ces sources les plus faibles depuis le début, je n’aurais pas attendu si longtemps pour trouver, Retrouver la vérité, et je ne serais pas dans l’affliction et le Regret et la Peine.
J’irai vers ceux qui m’avaient tendu la main que je refusais dans mon orgueil. J’irai vers tous.
Je me hâterai lentement je vous le promets, je serai prudente, je ménagerai ma monture.
Les livres sont là mais inutiles, puisez vous sources personnelles, si faibles soient-elles dans la sincérité de votre cœur, la simplicité, retrouvez vous-mêmes vos racines, elles sont en vous je vous le dis.
Je ne suis pas le messie, n’attendez plus ; chacun de nous est le Pasteur, qui peut ramener les égarés ; chacun sait et a oublié ; chacun se doit de faire son propre cheminement, patiemment, lentement, prudemment – car rien n’est sûr ne l’oubliez pas –, sincèrement, et vous pourrez vous retrouver. Vous en perdrez le boire, la nourriture, le sommeil, mais vous trouverez la Vie. Ces termes sont clairs, ce ne sont pas des métaphores.
Les métaphores sont.
Je ne peux rien avaler ce matin : le pain, boule compacte dans ma bouche, que ma salive absente n’arrive pas à diluer, le café est devenu inutile ; mon cœur est si faible et si fort, il faut le ménager. Seulement du lait et du pain.
Et je prie, et je marche. J’attends celui qui sait, J., et je vais à la rencontre de ceux qui ont oublié, et je frapperai à toutes les portes.
Tout est plein de sens, tout est vide. Tes mots-croisés mon père, dont je me moquais ; les sens des chemins se croisent. La poussière que tu enlevais ma mère ; mais oui, il faut sans cesse recommencer le grand nettoyage, et faire la lessive et balayer les erreurs ; il faut toujours laisser le clair logis en ordre.
LE PETIT PRINCE est le plus beau livre. Mais ne tuez pas le Petit Prince.
Femmes, nourrissez vos petits princes de votre lait si vos mamelles ne sont pas desséchées par la fièvre de l’attente, l’espoir et les larmes du regret. Croyez, et une source de lait intarissable jaillira, qui nourrira votre fils… le monde.
Le lait et le miel et les fleurs, le paradis c’est ici. Soyez de bonne volonté, aimez.
J’ai la certitude, vous ne me l’enlèverez pas. Laissez-moi avancer doucement, ne me brusquez pas, aimez-moi comme je vous aime et croyez.
J’ai à faire.
J., tant de messages je voudrais te faire parvenir.
Les noms : tout est contenu dans le nom.
Dieu : Di-eu. Je. C’est toi, il passe par toi.
Femme au nom de Blanche, l’homme qui est près de toi n’a pas su te découvrir, lui qui garde dans son portefeuille une image de la vierge, lui qui prie. Il ne chercherait pas s’il n’avait déjà trouvé.
Blanche est la vierge, ô homme, rejette la fausse image que tu portes sur ton cœur et ouvre les yeux, regarde-la, avec son Amour et sa lassitude qui croît. Elle croit, elle sait, elle était venue m’apporter le message dans ma propre maison, pour ton fils qui se mourait, et je n’avais pas compris ; maintenant je sais, et la retrouverai et lui parlerai, et aussi à toi, et ton fils qui m’a rendu la vie, à moi qui doutais. Il nous faut retrouver sa trace à lui, mon J. Savez-vous où il se trouve, dites, avez-vous de ses nouvelles. Tant de lettres sans réponse ? Et je continue à lui écrire, à lui faire parvenir des messages urgents, et je sais qu’il viendra.
J’ai pensé mourir en l’attendant mais je vivrai, nous vivrons, ce sont ses propres paroles, je vous transmettrai ses lettres.
Tous ceux que je croise sur mon chemin sont frappés par ma « grâce » et se retournent sur leurs pas, et ne savent pas que je resplendis de lumière à travers mes larmes, moi qui chemine comme eux dans la nuit, et je leur tends la main, et je veux qu’ils m’entendent.
Ma voisine sait tout et envoie des messages qu’elle ne comprend pas encore, elle dit que je ne mange pas pour garder la ligne, oui la ligne de mon corps mais aussi la ligne droite, la voie de la lumière.
Ô, parents de J., il nous faut le retrouver, aidez-moi tous, c’est urgent, il se meurt lui aussi car il sait, il nous faut vivre au « sein de notre famille » pour vivre en paix, et propager la lumière qui s’est faite en nous.
Guérissez vos enfants qui doutent. J’irai voir la sœur malade, elle sera guérie.
Ne m’abandonnez pas, croyez seulement. Plus je parle et plus j’ai de la force.
Il y a des pages blanches dans mon cahier, qui sont pleines de sens trop clair, trop pleines de lumière.
La voisine me parle d’un poète portugais qui a écrit « SÓ »[1].
[1] Só, recueil de poèmes écrit par António Nobre, publié à Paris en 1892. Selon les critiques, le livre le plus triste du Portugal.
Lettre 8 à J.
Ô mon Prince très sage et très silencieux !
Pardonne-moi car il faisait nuit dans la Maison ce matin, et j’avais oublié le Message. L’harmonie était détruite, je recommençais à bousculer l’enfant, et K. me disait « Tu es vilaine et méchante », et c’était vrai.
Mais heureux sommes-nous, Exilés éternels qui avons connu la désharmonie dans nos maisons anciennes et qui en souffrions, et qui avons compris qu’il fallait changer de maison.
Ton message m’est parvenu, ton saumon rose a longtemps voyagé. Pardonne-moi, car je ne savais pas – dans mon orgueil – que le Sage était toi qui te taisait – Ô le Silencieux très Sage. Et nous nous étonnons qu’il soit le Très Silencieux ! Nous ne savons pas que tout est là, la Clé.
Ton silence m’inquiétait, me torturait, et nous ne savons pas que la clé est là, dans l’inquiétude et l’agitation qui engendre la recherche. (« Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé »). Et les messages que je te faisais parvenir et que je croyais pleins de lumière étaient opaques, en fait pour moi encore ; la lumière se fait seulement maintenant, pour cela que veux-tu, moi la très lente – « Ta douce nuit qui marche » –, et ce message aussi que je crois clair, porte en lui une zone d’ombre qui ne disparaîtra que plus tard.
Oh mon J., je suis fatiguée et je viens seulement de naître à la Vie et mon cœur une faille à chaque pas dans cette longue route, « Qu’il est long le chemin ! » Et lorsque je marche – non pas lorsque je suis dans la nuit, et cela est rassurant crois-moi –, je porte sans cesse la main à mon cœur, et parfois je t’appelle car j’ai très mal et j’ai peur de passer… trop vite.
Mais il y a la loi de lenteur que l’on oublie toujours – l’on oublie toujours tout –, et je m’inquiète et m’irrite toujours contre K. qui m’interroge et m’inquiète, et lui dis de se taire, et j’oublie que l’enfant est porteur de tous les messages de vérité, qu’il connaît tous les signes et qu’il est le maître de la maïeutique.
Plus le message est bref plus il est riche, j’oubliais, pardonne-moi. Tu devras me pardonner tant de choses. J’aurais mis longtemps à ouvrir les yeux : « Le silence est d’or ».
« Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Je savais que j’étais une tortue mais j’oubliais la maxime « Hâte-toi lentement ».
Et il ne me suffit pas d’avoir ton message. Je m’inquiète encore car déjà je ne crois plus, et je le trouve trop bref et j’oublie qu’il est plein, et que les signes se cachent et qu’il faut les trouver. Le Jeu, terme moyen entre l’ombre et la lumière, la quête… tout se précise. Je Crois : « Ne crains point, crois seulement ».
J’allais encore me préparer à quelque infernal voyage, car l’on oublie toujours le vrai voyage. Le vrai, le seul chemin de la vie éternelle.
Ô mon très Sage, ton message m’a apporté la lumière qui avait fui, car hier encore à la nuit, j’étais dans le désespoir et le désarroi, j’étouffais. Me voilà à nouveau dans la joie, aux noces de moi avec moi-même.
Seulement cette angoisse de ne pas arriver… là où l’on n’arrive jamais, au Haut Domaine. Et je suis dans l’impatience de toi. Mais toi tu sais, oh le très sage. Ma lettre a des filets rouges, tu le vois. Mais toi tu as ton Plan très sûr, alors je te fais confiance et je crois à nouveau et je t’aime.
J’oublie toujours les premières lois, oh pardonne-moi mon Amour.
Me croyant sage, moi la soudain très bavarde, j’oublie la très vieille sagesse hindoue.
Je loue ton silence, ô mon très sage Prince.
Nous avons tout perdu, tout oublié.
Il faut Tout retrouver, frapper à toutes les portes – Frappez et l’on vous ouvrira.
Oh mon J., mon J. ! laisse-moi me reposer un peu dans la douceur de ton nom d’ici, car je suis très effrayée lorsque j’avance un peu vite sur le chemin, et j’ai besoin de boire à la source de l’Amour, la première source, pour ne point l’oublier, et reprendre mon chemin dans le calme et la paix. J’ai tant à te dire ô mon Amour infini, et pourtant je t’ai Tout dit, puisque je t’ai dit mon Amour.
Lorsque nous appelons on nous répond toujours, et nous nous irritons toujours de la réponse, éternels inquiets, sans savoir que c’est toujours la vraie réponse.
Ô j’oubliais une chose dans ma grande ignorance, ô mon Prince très Aimé et très Sage, celui qui se cache, c’est que nous avions commencé notre Voyage de Noces avec Je, Tu, Nous, Vous, Ils. Et j’oubliais de m’en réjouir et de te louer.
Il est temps de ménager ma monture car je veux aller loin, pardonne-moi ce trop long message. Il est plein de bruits. Je rentre dans mon bruyant silence et j’écoute car tout est bruit, tout parle.
Mais laisse-moi vivre l’Amour dans l’âme.
P.S.
Je te donne quelques clés. Elles sont toutes perdues les clés du Royaume, mais les portes sont ouvertes.
Eve était nue, non ce n’est pas cela, si, mais autre chose : c’était la première femme, elle a connu Dieu. Il faut retourner aux sources, se dépouiller de nos faux vêtements d’erreur. Mais K., l’enfant de vérité, au nom de « chèreté », dit « Geviève ».
La plus belle chanson : « Si tous les gars du monde… ».
La Très vieille vérité : la Terre est ronde et elle tourne, et elle est pleine comme un œuf, et tout est dans Tout, tout est vrai, tout est faux. Car plus on avance dans le chemin de la lumière, et plus il y a de l’ombre. C’est H. qui m’a révélé cela. J’ai frappé à sa porte et il m’a ouvert. Je lui ai porté mon pâle message : ombre et lumière. Et ce sage silencieux a eu le sourire de celui qui sait, et il m’a aidée à marcher, à avancer d’un pas… Je ne le faisais pas, ce pas, c’était hier… Il est fait.
Mais qu’il est long le chemin !… Il faut se hâter… lentement.
Il faut retourner au Paradis des Amours enfantines :
« Qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus, sinon l’enfance ».
Il ne faut jamais s’étonner. Il faut marcher.
« Lève-toi et marche ».
J’ai envoyé des messages à tous les inquiets, à tous les lépreux que j’aime et veux guérir.
Il faut réécrire les textes, ils sont tous pleins d’erreurs, ils sont tous pleins de vérité.
Il faudra encore frapper.
« Que la lumière soit, et la lumière fût ».
« Heureux les pauvres d’esprit… ».
Ouvre les yeux et regarde. Tout est signe autour de toi – et dans ta chambre aussi. La maison est pleine de signes, de voix dans le silence.
L’on croit toujours que la nuit est revenue. On lit les textes écrits la veille, et on les trouve dépourvus de sens. C’est parce que le ver du doute est au cœur de l’homme, Camus l’a dit et c’est vrai, mais il se trompait quand il disait que le monde est absurde, c’est l’homme qui est absurde, et il ne sait pas ouvrir les yeux et chasser le ver.
Sachez-le, vous tous qui m’entendez, écoutez dans votre cœur, écoutez partout, écoutez…
Fais passer le message à tous mes frères d’exil – les pionniers –, nous avons un immense travail à faire. Il faut débarrasser notre planète des mauvaises herbes qui l’encombrent – le Petit Prince.
Que Dieu ait en sa Sainte garde tous les porteurs de messages, ils ont une très belle fonction. Beaucoup de fonctions seront réhabilitées.
Dans nos familles, c’est là qu’il faut commencer, puis agrandir le cercle de l’homme vers la terre, vers le ciel.
Premièrement, s’enfermer en soi pour trouver.
Deuxièmement, sortir pour annoncer, et le cercle se referme et l’on voit.
André Frénaud : je siffle et je proclame le droit de l’homme d’être un Dieu.

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