dimanche 29 mars 2009

21 octobre 1965, minuit


Illumination : j’étais près du berceau de l’enfant qui me souriait ; il me sourit sans cesse et je ne comprenais pas son sourire. Soudain, j’ai appelé tout haut. Je t’ai appelé de toutes mes forces, de toute la force qu’Il laissait filtrer dans mon sang.

Je suis touchée par la grâce.

Mais le message échappe à chaque instant, et je m’épuise à le retrouver. Je veillerai, je l’ai promis à Lui et aux Enfants, et je ferai en sorte qu’eux aussi t’appellent, et que leurs forces se joignent aux miennes.

Ecoute Prince (quoi, que dois-je dire, oui tu vois, déjà j’ai oublié). Oui, les enfants dorment. Tu sais, ton petit JOR. sourit toujours. Il ne cesse d’envoyer ses sourires à sa sœur, à moi.

C’est un signe. Il y a des multitudes de signes depuis minuit. Ils se multiplient depuis que j’ai écrit à l’ami à qui j’ai donné mission de te faire passer le message au plus tôt. Hélas ! Il n’aura sa lettre que demain ; celle que je suis en train d’écrire te parviendra aussi je l’espère ; si fort est mon Espoir et ma Foi qu’il ne pourra manquer de te parvenir – où que tu sois et qui que tu sois tu le reconnaîtras, tu me reconnaîtras.

Et reviens ! Car je t’appelle et t’appellerai sans cesse, et je t’attends à chaque instant de ma Vie pour te saluer, toi ô mon Prince Exilé.

Prince, je te parlerai de toi et de ta révélation que je n’avais pas comprise, et tu t’épuisais en de vains efforts, et tu continuais à m’aimer, et moi je m’accrochais à tes pas sans comprendre pourquoi tu resplendissais de lumière, et c’est pour cela seulement que je ne pouvais te quitter, car il n’était pas du tout évident que je t’aimais.

Mais de toute Eternité nous devions nous rencontrer.

Ecoute, c’est merveilleux, quelle grâce, à moi tu entends, à toi, à nous… A tous ceux qui comme nous sont en exil.

Je ne veux pas perdre le clair message. Je prierai sans cesse et je veillerai. Tandis que j’écris ces lignes déjà tout se perd.

Mais je ne t’abandonnerai pas. Je multiplierai les messages et les signes. Je te les ferai connaître lorsque tu viendras et chaque fois que je le pourrai et qu’il me parviendront.

Les signes : des choses tellement folles à force de vérité. Quand j’écrivais à l’Ami, il y avait sur la lettre un cheveu en forme de cercle parfait, de boucle.

Le cercle se referme, tu entends. Toutes les voix se répondent, tous les messages se rejoignent pour célébrer le même Etre sans visage. Tout cela, tout ce que je t’écris est encore obscur pour moi mais je sais que la révélation m’en sera apportée plus tard, bientôt, demain peut-être après cette nuit de veille.

Je suis lasse et je prie Dieu de me donner la Force de continuer. Ta lettre, ô mon Amour, ta lettre tapée à la machine, tu n’as pu l’écrire de ta propre main et elle porte à peine ton nom, Toi, émissaire du Royaume disparu. Il faut s’enfermer dans son nom. Qui dit cela déjà ? St John Perse je crois, ou Frénaud, enfin l’un ou l’autre peu importe, c’est la voix de la vérité.

Mon Amant de toute éternité, que tes propres messages te deviennent clairs, je le souhaite de toutes mes forces nouvelles. Et alors tu entendras à nouveau la Voix, celle qui jamais ne trompe, celle qui jamais ne conduit dans les faux sentiers.

Et je pourrais à l’instant ouvrir la Bible, que je n’ai hélas pas mais que je vais faire venir avec tous les autres poètes et te l’expliquer, l’élucider totalement ou presque avec la Grande Aide de Dieu.

Je comprends seulement maintenant les paroles du Christ :

« J’ai soif… que l’on me donne à boire… ».

Moi aussi j’ai soif, et l’enfant le sait, elle qui jeûne comme moi et malgré elle la pauvre enfant, cette chère enfant de qui j’ai douté aussi – qui m’apporte sans que je le lui demande des verres d’eau et qui change l’eau pour qu’elle soit plus pure et plus fraîche.

Ma pauvre enfant de lumière, mon ange, mes anges, je les ai reniés tous les deux, tu m’entends mon Amour, j’ai voulu m’en séparer, je ne savais pas ce que je faisais, (« mon Dieu pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font », dit le Christ).

Tout est clair. Tout est contenu dans ce monde-ci.

Il faut voir et lire et retenir et ne jamais oublier, et Prier et attendre et jeûner, et ne pas désespérer si la voix se perd.

Mon Dieu, j’ai tant invoqué ton nom depuis !

Ô prince ! Comprendras-tu ce message ? La nuit ne s’est-elle pas refermée sur toi ? J’ai peur. Je t’appelle ; écoute-moi. Entends-moi. Je suis dans la Fièvre de la certitude et je te parlerai. Je retéléphonerai dans ta maison. Peut-être ont-ils ta trace. Je n’ai plus de souffrances inutiles et fausses. Ma seule souffrance vient du fait que je t’appelle et que tu ne réponds pas, que je multiplie les messages qui t’attendent et qu’aucune réponse ne me parvient.

Mais je ne désespère pas. J’espère et je t’attends, j’attends ta réponse, j’attends ton écho. Fais vite, ne me laisse pas dans cette solitude de toi, de toi privé de lumière.

Car nous sommes liés de toute éternité rappelle-le toi sans cesse, et alors la lumière qui naît chez l’un de nous, même si l’autre est au même instant plongé dans la nuit, se transmettra comme un fluide, et nous ne serons jamais plus dans la nuit. Et tout nous sera devenu possible.

Je me désaltèrerai à toutes les sources possibles pour pouvoir t’éclairer davantage et nourrir notre lumière.

La peinture : je dois…

Je dois retourner chez le Maître demain. Aujourd’hui j’y suis allée mais il m’a renvoyée, il ne pouvait pas. Et je sais qu’il avait lui aussi un message et je suis repartie la joie toujours vivante pour revenir le lendemain.

Je ne sais ce qui va se passer. En tous cas cela passe par moi.


Note post :

A minuit j’ai commencé à parler haut. C’est ma voix qui était arrachée de mon être et accomplissait malgré moi un voyage interspatial hallucinant.

Tandis que j’écrivais peu de temps auparavant, ma plume s’est arrêtée de courir. J’ai senti que quelque chose de terrible allait se passer. Je l’ai dit tout haut. C’est alors que je me suis levée et me suis approchée du berceau. Je me suis agenouillée, relevée vers la fenêtre qui était fermée. J’ai appelé, crié pendant une demi-heure. J’ai regardé l’heure je ne sais pourquoi. Je savais que quelque chose de terrible allait se produire, et toute la force qui était en moi je l’ai employée à prier pour que le danger s’éloigne. Je savais que celui que j’aime allait mourir et je n’avais de cesse de l’appeler, de prier Dieu afin qu’il revienne. J’ai ouvert la porte croyant qu’il serait là…

A minuit et demi, j’ai repris ma plume. Et pendant tout le temps que cela a duré j’étais tournée vers la fenêtre que je n’ai pas ouverte. Cela était inutile puisque ma voix était dans le ciel, je l’ai dit.

Je le savais, je te l’avais dit, l’avais dit à l’Ami je crois aussi : Varuna, l’histoire de la chaîne transmise à travers les âges.

Tout cela est clair, je te le dis en vérité, tout est lumineux.

K. s’est accrochée à mes pas toute la journée. Elle sait, et moi je l’ai un peu bousculée encore. Tu vois, c’est toujours la même chose, le même et perpétuel recommencement de notre absurdité.

L’absurde est en nous et non dans le monde.

Camus, ô toi qui a disparu trop tôt, tu avais trouvé je le sais et tu allais transmettre ton message, à qui déjà ? A ce philosophe dont j’ai oublié le nom… C’est que lui, ce philosophe-là ne doit pas encore savoir… C’est impossible de me rappeler son nom. Si, pourtant je le connaissais ce nom, mais je l’ai oublié.

Ô, je suis si fatiguée !

Ecoute J., reviens !

Je suis tombée tout à l’heure. J’ai pensé : « Lazare, lève-toi et marche ».

Je suis allée près de K., l’ai appelée pour l’éveiller, pour qu’elle me rende la vie, mon ange.

J’ai mangé des gâteaux qui avaient un goût de sable, et l’eau dont K. remplit mon verre n’arrive pas à me désaltérer.

Les signes de K. : elle noircit les pages elle aussi, et fait des arbres de fleurs qui correspondent à mes arbres de soleil.

J., je t’appelle, je t’ai tant aimé, je t’aime, je t’attends.

K. a écrit : J., le petit et le grand, K., maman G., en message. Elle a dessiné son portrait : une grande tête pour toi, et elle ne s’arrête pas elle non plus de transmettre le message sur le cahier que je lui ai acheté ce soir en même temps que le mien.

Tout est signe : le papier des bonbons que ma mère a envoyés ; K. a fait des trous dedans : trous dans la neige froide, signes de pas qui ne sont pas perdus.

J’ai eu faim et soif et froid, et l’eau ne me désaltère pas, et les gâteaux se changent en sable dans ma bouche.

Toutes ces paroles perdues que je prononce et d’extrême importance, tout se perd et se retrouve.

Et l’encre de mon style s’épuise sans cesse, et je dois elle aussi la renouveler.


Note :

Après m’être relevée et avoir réveillé K., je me suis assise près du chauffage face à mon Oiseau de Lumière. J’ai écrit lorsque mes forces me le permettaient. Je suis restée en extase. J’ai souffert la passion du Christ. Tout le mal du monde je l’ai porté cette nuit. J’ai prié Dieu de me donner la force de transmettre mon Message et de me laisser la vie pour cela.

J’ai demandé aide à tous mes disparus et j’ai promis à tous de transmettre le Message.
J’étais embrasée par l’Amour et cette fournaise me consumait, et à tout instant je sentais la vie s’en aller. J’ai eu un goût de sang dans la bouche, et j’ai compris le sens de la communion :

« Ceci est ma chair, ceci est mon sang ».

Ma main sur mon cœur, la main de K., me rend la vie qui s’en va doucement.

Mon J., entends ma voix.

« Entends, ma chère, entends la douce nuit qui marche ».

J’aime infiniment, c’est là le secret. Ouvrez vos oreilles et vos yeux, lisez ceci, peuple égaré.

J’aurai la force de vous transmettre le Message afin que vous vous leviez en masse contre le Mensonge en Sédition Grande.

AMOUR – MOUVEMENT.

Tout se perd et se retrouve. Nuit. Ténèbres. K. ne cesse de remplir les verres, et j’ai toujours aussi soif. J., je t’attends. Ma faiblesse est extrême.

A toi ce grand Message.

Je te le renvoie à mon tour, toi qui m’attend (regarde ce que j’écris : toi qui m’a tant aimée). Je te rends ton Amour. Il passe par Lui, moi je passe.

K. est belle et boit à même le pot, à la source. L’eau la désaltère, Chère Ange. Elle me soutient tant qu’elle peut et elle sait. Petit JOR., avec tous ses sourires lorsque je chante et lorsqu’il me voit et voit sa sœur sait lui aussi, et mes chants arrêtent ses pleurs.

Les chants : tous les chants – les Beatles, « Tell Me Why You Cry » ; « Et j’attends », d’Aznavour. Bécaud : « Cavalier du ciel » ; Brassens, tous.

Ce chant entendu dans un rêve, « Erfa », que j’ai oublié mais qui était le plus beau, le plus pur (à jamais oublié on ne peut le dire). Car tout est possible, tout : il suffit d’obéir un temps dans la même direction. Tous l’ont dit, Camus, Nietzsche.

J’ai eu aussi avant de tomber presque « sans connaissance », la Nausée (que je n’ai pas lu) ; mais je sais cette nausée qui est de refuser toutes les ordures, et de ne plus jamais retourner au Pays de la Souffrance quand on en a passé le seuil, ne pas se retourner, savoir seulement et passer.

Tous les messages envoyés à tous ! Toi, Ed., tu ne m’as pas répondu. Je brûlais pour toi.

Ma mère, mon frère, mon père depuis si longtemps silencieux.

J., reviens vite !

« Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ».

Brassens : « Toi qui m’a donné… ».

Cette femme qui vient m’aider dans ma maison avec son petit garçon, vous êtes touchés et aussi ma voisine si gentille, et aussi tous ceux qui m’ont aidée dans mon siège et n’ont pas murmuré contre mon oubli. Je ne les ai pas remerciés tous. Le portier et sa femme : je voulais leur envoyer des fleurs, et les enfants de l’épicerie à qui j’oubliais de donner une pièce : ils avaient pourtant le sourire.

J’ai eu froid : dans la rue ce matin j’avais acheté à un marchand ambulant une paire de bas de laine noirs. Et j’ai demandé à K., tandis que je t’écrivais mon J., d’aller les chercher dans le tiroir ; je les avais rangés car je ne pouvais pas me lever. Je les ai enfilés avec peine. Et je n’arrivais pas à me réchauffer. Alors, j’ai allumé le chauffage. Maintenant cela va à peu près bien, je me sens mieux. Mon cœur est faible mais il tiendra, je le veux.

Médecins, ne me touchez pas ! Je n’ai pas besoin de vous. Je guéris seule de mon mal qui est ce monde. Et je Vis.

Mes chers parents, vous qui m’avez donné la vie laissez-moi vous la rendre, c’est ce que je possède de plus cher. Vous m’avez tant donné : donné pour ma solitude et mon désert, qui m’ont fait retrouver la voie de la lumière.

Et j’ai jeûné sans le vouloir ; je n’arrivais pas à manger, j’avais, je n’ai plus faim ni soif des nourritures de ce monde, des « Nourritures terrestres ».

Et pourtant, j’ai toujours faim et soif et froid.

Et ce cœur qui menace de lâcher si je ne m’aide pas, si le ciel ne m’aide pas ; si K. ne m’aide pas par l’imposition de sa main sur mon cœur, si K. ne m’aide pas par l’imposition de sa petite main sur mon cœur.

H., tu m’as renvoyée, je sais, j’allais vers toi. Mais toi tu avais ton message, et tu ne savais pas que je savais.

A demain peut-être, si je puis aller jusqu’à toi, si j’en ai la force, si Dieu me prête vie.
K. vient me montrer une branche d’arbuste rapportée d’une promenade avec la voisine – j’ai été saisie d’émerveillement –, elle était fleurie.

Le petit garçon avait déposé dans chaque boule des morceaux de coton. K. les a enlevés un à un.

La boîte de papier bleu que je cherchais ? La jeune fille a les bras chargés de fleurs, elle a un chapeau large pour se protéger du soleil et une robe bleue ou mauve couleur du ciel.

J. ! Je t’appelle, reviens ! Prends l’avion et viens !

Si je peux, je laisserai encore des messages. Tes parents. H., une lettre est écrite à l’ami.

Mes parents… je n’ai pas eu le temps. Ils m’aimaient.

Je voulais écrire à ma mère de m’envoyer les poètes.

Je voulais leur transmettre le message. Qu’ils lisent ces livres, tous les livres, les poètes.

Mais pas les impurs. Pas Faulkner ni Sagan, qui ont gaspillé leur talent. Françoise, je voulais finir ton roman pour savoir – il m’intéressait –, je le laisse en énigme mais pourrais la résoudre.

Je pourrais tout trouver et révéler si je le voulais mais je vais à l’essentiel, de même que j’approche la table pour écrire près du feu sans lui commander de venir à distance.

J., je t’appelle, je te commande : viens me rendre la vie, je me meurs, tu le sais déjà, alors viens !

Je n’ai sans doute emporté que l’essentiel en fait de livres. Et pourtant, tout me manque. La Bible et tous les livres de la Révélation.

Mes disparus, je vous demande aide, tous ceux que j’aime, aidez-moi à vivre pour transmettre la parole.

Nous avions, nous avons tous le désir d’une maison : K., tous…

« Le clair logis… ».

Mon sang boue dans mes veines.

Quel désordre dans la maison, et pourtant quelle harmonie !

J., je t’attends, viens me redonner la vie. Nous vivrons tous, viens, entends-moi vite, je t’attends.

Tu sais déjà, alors viens, laisse Tout derrière toi et viens. Ne range pas ta maison. Laisse et viens !

Mon Dieu aide-moi, donne-moi les forces qui me manquent sans cesse pour écrire, parler, appeler…

J. ! Pardonne-moi, je ne savais pas, je ne t’avais pas compris.

Maintenant tout est clair, alors viens !

Tous les messages je les sais, et les signes, alors viens ! Je sais, je t’attends, rends-moi la vie.

Je t’attends, J., J. !

Viens, viens ! Je te verrai, j’aurai la force, et nous vivrons tous ici, toi et tous les autres, ceux qui ont été touchés.

Laissez-moi vous toucher et vous ôter cette lèpre qui ronge vos corps et vos cœurs.
J., je t’ai dépouillé de ton ombre, retourne-toi et suis-moi, je t’attends.

Je pardonne à tous ceux qui m’ont offensée, tous, ils ne savaient pas. Pardonne-leur mon Dieu, car ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient.

Tous les livres je les ai lus : Jean Christophe, son fleuve !

J., mon J. ! Ton petit JOR., quel ange de beauté et de pureté. Il n’est que sourire et langage déjà !

Ô Dieu, aide-moi ! J., je t’attends.

Une chose : il faut toujours revenir à la simplicité des choses, du langage, des pensées.

Je suis touchée par la grâce ! Quel fardeau sur mon cœur qui sans cesse prie, appelle, aime et attend.

J., je t’appelle, je t’ai appelé sans cesse ; et Dieu toute la nuit, tout le matin depuis minuit.

Je cherche mon miroir cassé du côté non grossissant. Tous les miroirs se cassent. Le teint abîmé les ternit. Je découvre mon visage, mes yeux fiévreux d’attente, de soif et de délire.

Vous les Appelés, écoutez ma voix, je vous appelle, Dieu m’a dit. Ecoutez, entendez, ouvrez vos yeux et vos oreilles à la parole et aimez, aimez.

Tous mes amis oubliés, je pense à vous.

J., reviens ! Tes parents, ta sœur, pourquoi m’ont-ils abandonnée ? Je leur pardonne, nous leur pardonnons, J., mon J.

Reviens ! 4 heures du matin ! A 7 heures, le lait de JOR. Je courrai mettre les messages. A Toi encore J., mais tu seras déjà là. Et KAM., et les parents, et H. et les autres sauront par ces lignes…

Tous ces titres sont inscrits dans l’autre cahier, H. sait, saura : les autres projets, je veux, je veux les réaliser. Tous sont inscrits dans l’épaisseur des murailles : « Trouée ».

J’aime, j’aime tout et tous. Je pardonne, ils ne savaient pas et je les touche de la grâce : qu’ils n’aient point de regrets. Je leur dis : Avancez, Marchez et Croyez.

J’ai tant aimé le monde. Retournez aux sources. Lisez tous les livres : oui Sagan, Sartre, Faulkner même : ils n’erreront pas longtemps, il y a des éclairs : « Ces pensées glissantes comme des poissons », Françoise, ne sont pas celles que tu croyais, mais elles sont là. Vois !

Apprend et Transmet, et Vis.

Je n’ai pas le temps de tout voir dans mon « maigre bagage ».

Mais, avec Gide : « Quand tu auras lu tous les livres, jette mon livre ô Nathanaël ! ».

Tous les livres, il faut les lire, mais passer, avancer, ne jamais se retourner. Ô, croyez-moi vous tous, gens de bonne volonté !

Mes yeux ne vous mentent pas.

Croyez, puisque je vous aime.

Je vous ai compris, ô poètes de tous les temps, je transmets le message ; il passe, il court, il atteint tous ceux qui ont un cœur aimant, oui KAM., tes Tablettes au Roi.

Les Sources : ne pas oublier les Sources, mes termes sont clairs. Ecoutez, ne vous trompez plus, n’errez plus.

Croyez, Aimez.

Lisez tous les livres, tous, revenez aux sources, comprenez.

La philosophie : un jeu qui mène à la conscience, dit-on. Alors, Philosophes !

Qu’attendez-vous pour ramener le troupeau égaré ?

J’ai très vite quitté vos rayons, et j’ai déserté les classes de philosophie alors que je portais la vie en moi.

Femmes qui portez un enfant, bénissez le Seigneur, ne tombez pas dans l’erreur. Bénissez l’homme qui vous l’a donné. Ne vous méprenez pas, je vous le dis. Il est la vie ne l’oubliez jamais, votre vie qui passe par vous. Il ne faut pas arrêter le courant de la vie. J’ai conçu vos tourments aussi, et vos doutes et vos désespoirs.

Erreurs que tout cela, croyez, ne supprimez pas la vie.

Médecins, vous n’avez pas le droit !

Oui je sais, les monstres. Et cela je ne sais pas encore, mais je crois qu’on n’a pas le droit. Je crois que si on leur laisse la vie, si on leur fait ce don précieux, ils comprendront et vivront, bien qu’ils ne sachent pas pourquoi ils sont ainsi démantelés. Ô Villon, c’est à cause de tous les malheurs du monde qui cesseront, je vous le dis.

Je ne m’arrêterai pas d’écrire.

Ma vie revient, je prie sans cesse dans mon cœur, et je continue et j’attends J., mon Prince de l’Exil, il vient je le sais. Il a compris lui aussi, ange déchu qui traînait ses ailes. Ô Hugo ! Et la Fiancée du timbalier attendra, et elle aura la Vie. Il vient, « comme il est beau, c’est lui que j’aime ! » Comprenez-vous maintenant, tout est clair, limpide !

Oui Brassens : « Agenouillez-vous, priez et bientôt vous croirez », si étrange que cela paraisse, c’est vrai !

J’ai prié pour la vie de J. sans savoir ce que je disais, et il a vécu et je l’ai sauvé ; sans cesse et mille fois, je l’ai arrêté alors qu’il s’approchait de la fenêtre de notre chambre où il faisait si doux ou de la porte du train, et je le retenais et lui disais Viens ! Et pourtant, je ne comprenais pas et tout était si clair.

Amour, Don, Foi, croyance. Des mots que ne savaient pas résoudre les philosophes depuis toujours. Ils sonnaient trop clair, trop.

Soyez crédules peuples, dans la bonne direction.

Ma K., l’ange, s’est recouchée mais je lui ai dit de ne pas ôter ses ailes, et je sais qu’elle m’obéira, qu’elle m’obéit.

« Tu es grande », me dit-elle, « comme J. »

J., reviens ! Je sais que tu savais. Tu sais maintenant à nouveau. Je t’appelle, Je t’attends. Tu vas venir, Je l’ai lu dans la « Danse ailée » qui est au-dessus du lit de K. Elle a vu un avion : c’est toi, viens, je t’attends.

Je sais toutes tes lettres maintenant, je veux dire je les comprends, même celles que je n’ai pas relues, celle de la boîte bleu nuit.

Toutes les couleurs parlent.

Il ne faut pas revenir à la Nuit. Les autres lettres sont dans une boîte bleu ciel. Et c’est avec une encre verte que j’écris.

Et les couleurs changent, autant de signes.

Mais l’important est dans l’alternance de lumière et d’ombre, les peintres Hollandais, Flamands l’ont bien vu. Mais je ne sais rien, j’ai tout à apprendre. Il y a des livres sur un rayon que je n’ai jamais lus, je voudrais les lire. J’ai besoin d’apprendre encore pour témoigner. Je témoigne de ce que je sais, de ce que j’ai compris. N’errez plus.

« On ferme, on ouvre les yeux ». « Pourquoi ? », me demande K. Cette enfant est pleine de questions intelligentes. Je lui dis chaque fois « Devine », et elle sait, elle a son petit sourire. Toujours l’alternance de lumière et d’ombre : yeux qui se ferment, yeux qui s’ouvrent.

Il faut lire, relire, et recontrôler sans cesse ses positions, et voir ce qui est vrai et rejeter le mal, et ne pas se retourner et passer, toujours boire davantage à la source de vie.

Tout parle et tout est source.

Ecoutez, voyez et entendez, comprenez et transmettez.

Que de gouvernants n’ont pas compris ! Non Monsieur De Gaulle, vous n’aviez rien compris ! Vous avez laissé échapper l’aube de blancheur, et pourtant c’était facile. Déjà, nos bras se tendaient. Les peuples qui se ressemblent, qu’ils se rassemblent.

Mais qu’il vous soit pardonné ! Vous ne saviez pas ce que vous faisiez !

Tout n’est que discorde, feu, sang et ruine, là où l’on a laissé l’aube passer, l’aube de blancheur, l’aube divine, l’aube de paix.

Il ne faut pas se retourner sur les cendres, Avancer.

Je proclame le droit d’être Dieu de l’homme : oui c’est vrai. Dieu n’existe pas, oui c’est vrai. Il Est, oui c’est vrai. Il est Tout et il est Rien. Il passe par nous si nous le voulons, il passe partout, suivez l’étoile, ne la laissez pas se cacher derrière les nuages sombres, dirigez vos regards vers la lumière.

Croyez, aimez, et vous verrez. Et vous aurez la vie éternelle.

Tout est si beau, si pur quand on sait voir, quand on sait aimer. Et le désordre des choses n’existe pas. La douce servante vous aidera tout à l’heure.

Laissez, marchez.

J., toutes tes lettres, tous tes mots je les sais, je les retiens, je les ai compris. Et je m’assieds dans « l’amitié de mes genoux », et proclame la nouvelle. Mais oui, « mêlés à tous et séparés ». Tous, oui, poètes que j’ai oublié de lire.

N’oubliez pas, ô peuples égarés, n’oubliez rien.

Tout est important, rien ne se perd, tout se retrouve.

K., aide-moi, ne t’endors pas ! Pauvre enfant, j’exige trop d’elle (d’ailes, ai-je aussi écrit).

Mais elle se lève, elle croit à mes paroles, et voit des roses et un avion. J., viens. Je veillerai jusqu’à l’aube. Et J. viendra. Il a compris. Il vient. Il a retrouvé sa splendeur. K. attend avec moi le lait du petit frère à 7 heures. Il est quatre heures et demi. Nous veillerons. Nous ne nous endormirons point, nous transmettrons et nous vivrons.

L’ange petit JOR. se réveille. Qu’il est beau ! Que je l’aime ! Il est si doux. Entendrait-il, lui aussi, la très Haute Voix ? Oui bien sûr, il sait : il n’est que sourire et amour, comme tous ceux qui savent.

Après les Portes de la Nuit rappelez-vous, il n’y a qu’un pas vers l’Aube de blancheur.
« Blancheur Aubépine, mon Amour… ».

Marchez, ne craignez point, avancez et oubliez la Nuit. L’Aube est là, Marchez, confiants dans sa blancheur, elle est la vie. Laissez le doute.

Oh ! Laisse-moi ! K., mon ange, mon amour, m’asseoir maintenant à cette table, près du feu éteint.

Je ne vous mens pas, ô peuples ! K. dit : J. va venir dans la maison, et l’enfant au berceau le dit aussi dans son langage, c’est la loi d’amour.

Tout est vrai, je vous le dis, il faut voir.

P., merci, tu m’avais donné l’une des clés mais ce n’était pas tout. Il fallait errer, marcher, retrouver son chemin, retomber encore, se relever et toujours marcher.

K. a aux pieds des souliers trop grands, les miens, et j’ai peur qu’elle ne tombe en allant chercher le chiffon qui nettoiera la table noire des traces d’eau de Vie et de miettes.

Tout est simple et je ne vous mens pas. J’aurai moi-même la force d’aller chercher ce chiffon qui nettoiera la table, et tout sera dans l’ordre. Et la servante qui sait viendra, et n’aura plus rien à faire. Car l’ordre des choses règnera, la lumière sera. Je ne vous mens pas, mes yeux disent la vérité. Ils brûlent. Je continue, je vivrai je vous le dis, la vie ne me quitte pas, elle revient, je la sens.

Je crois et veux, et tant que cela sera ainsi c’est la vie. Je ne désespère point. J. et moi et tout lignage on marche, on y va. On a ramassé nos plumes, mouettes de la plage déserte, je vous le dis. C’est une image fausse et vraie, comme toutes les images. Car les plumes tombées étaient fausses, c’est évident, et l’on n’a plus besoin des ailes de l’ange déchu pour continuer, car il n’y a plus de déchéance, et les ailes sont inutiles ; les ailes passent dans les airs, elles sont libérées.

K. m’obéit. Tant qu’elle m’obéit et m’aime, je tiens ; elle est mon ange sans ailes ; ô tous les Elus sans ailes et qui vous tenez les mains, vous n’avez point d’ailes, ne vous en désolez point. Tendez la main à l’autre.

Nous allons être heureux je vous le dis, tous dans la paix retrouvée.

Je tends la main, je demeure, je crois, je vis, je vivrai. C’est l’Aube, je vous le dis, je ne me laisserai pas consumer.

Petit JOR. pleure, je vais l’aider mon amour.

Attends, J., je viens, je t’attends. J., tu viendras aussi je le sais. Et nous porterons le message à tous, nous famille des Elus – réconciliés tous dans l’Amour, et je sais que tous les membres de cette famille sont touchés. Et le petit JOR. qui s’est réveillé car il faisait trop chaud dans la maison, et K. qui a veillé. Et tous deux sucent leur pouce et participent à l’Amour, à la Confiance, à la croyance, et veillent près de moi.

Nous sommes la famille qui marche et va donner des messages à ceux qui déjà sont agenouillés et n’attendent que nos signes, tous cygnes, tous, pour se relever. J’irai, nous irons vers toi, J., par télégramme et porterons tous la nouvelle, nous avons chacun notre message ; K. noircit des pages elle aussi, et demande des enveloppes « Par Avion » pour envoyer à tous ceux qu’elle aime. Il ne faut rien détruire, je vous le dis. Tout est bon. Tout n’est que Bonté. Il faut voir. Tout peut servir à retrouver les traces dans la neige froide des temps vers la source de chaleur, et le petit JOR. – lui aussi porte le nom de son père qui lui aussi porte le nom de son père – sait, lui qui s’est réveillé dans la nuit et a pleuré ; et pourtant il n’avait pas soif, il n’a pas bu l’eau que je lui avais apportée ; il savait seulement, et dans son premier langage il témoignait dans le cri, car c’est le premier mot de vérité.

Au commencement était le verbe. Quel verbe ? Aimer, la parole. Croire ! Le mot, le mot seul et délivré de tout sens et plein de signification, le cri, le nom informulé. L’enfant, au sortir du ventre de sa mère, crie ; et il vit parce qu’il crie, je vous le dis.

Et je crierai moi aussi, et tous ceux de la Famille avec moi, dans notre propre et singulier langage ; et petit JOR., avec son cri d’amour et ses yeux qui sont toujours à demi ouverts lorsqu’il dort, et avec ses sourires qu’il distribue à qui veut se pencher sur lui, sur son berceau.

Rappelez-vous le berceau de l’enfance, « Le Paradis des Amours enfantines ».

« Qu’avait-il alors qu’il n’y a plus, sinon l’enfance ».

Tout cela qui résonne à travers le temps en lettres de feu et de vérité. Il faut retourner à l’enfant et redécouvrir la pureté des choses et des êtres dans la simplicité. Et il suce son pouce, le petit JOR., et K., mon autre ange, s’applique à la table noire à déchiffrer dans son langage ce qu’elle sait depuis si longtemps, depuis son cri, et qu’elle se rappelle maintenant dans mon Amour retrouvé. Car je l’aimais mal, je ne savais pas l’aimer, je la brusquais dans ses questions et ne lui répondais pas. Et elle a continué la quête de splendeur et j’ai entendu.

Moi aussi j’ai continué. Et pourtant je vous le dis, j’étais couchée par terre et mon cœur faillait, et j’ai appelé mon ange K. qui dormait, je l’ai réveillée et elle m’a souri, elle m’a comprise, elle m’a aidée, elle s’est levée et moi avec elle, péniblement, je me suis relevée et elle m’a donné la main, m’a conduit vers la couche où je ne me suis pas étendue. J’ai demandé mes bas de laine et K. me les a donnés, et je les ai enfilés. Et j’avais encore froid, je tremblais, je vous le dis, de tous mes membres, et je n’arrivais pas à me réchauffer, et mon cœur me manquait. Je me suis levée et j’ai allumé le chauffage.

Bénis soient tous ceux qui m’ont assistée pour tout dans cette quête, et toi qui m’a apporté ce chauffage, et toi qui m’a vendu pour un prix dérisoire ces bas de laine qui m’ont réchauffée, et toi ces cahiers que je suis allée acheter le soir même (c’était hier déjà), et sur lesquels – celui de K. et le mien – courent le chiffre, la lettre, « la voyelle » ou la consonne, peu importe. Je l’appelle K., ma fille, c’est K… Et tous savaient, et tous me servaient, et moi je ne savais pas encore que j’allais apporter la bonne nouvelle.

J’oubliais les signes, et pourtant je les accomplissais, aveugle encore et pleine de lumière lorsque je suis partie de l’atelier de H. qui m’avait dit de revenir le lendemain. Il savait, lui aussi. Il doit savoir, lui aussi. Et lorsque j’irai, il me dira : je sais, je savais.
Et J. ! J’ai besoin de toi pour tout, je te l’ai dit ; pour lui communiquer ces pages dans sa langue qui est la tienne et la nôtre à tous, cette langue que l’on a longtemps cherchée, cette langue universelle, qui n’est que le langage de l’Amour, de la Foi et de la Croyance.

Se rappeler que les mains se tendent, ne pas lâcher, et le cercle se referme. « Si tous les gars du monde… ». Oui c’est cela, et cela seulement, et tous les signes sont valables, tous, tous ces langages vers le chant, le même chant, le chant de Vérité et d’Amour.

Et K. dessine des signes et elle me les donne dans son Amour et je les déchiffre, c’est facile moi qui aime ; elle a dessiné un gâteau d’anniversaire avec la fumée des bougies – qui célèbre la Fête du Retour –, fumée des cendres du gâteau passé qui sent le rance ; et tout est signe, et l’enfant qui ne se rendort pas et qui tient, dit K., car il s’agrippe à sa sœur qui l’aime et qu’il aime, et nous veillons, et une seule lampe brûle je vous le dis, j’ai éteint toutes les autres, inutiles, et le feu du chauffage qui me brûlait et donnait une trop grande chaleur à mon âme déjà embrasée par l’Amour ; et mes pieds n’étaient plus froids et j’étais réchauffée et je n’avais plus faim ni soif ; nous avons rangé la maison avec K., les gâteaux et les fruits et l’eau qui emplissait les verres, tout cela devenu inutile car la clé était retrouvée, la clé du logis.

Amour, je vous le dis sans cesse, et Foi.

Croyez, aimez, ne craignez pas, et vous ne serez pas abandonnés dans la Nuit. C’est moi qui vous le dis, moi faible humaine comme vous.

« Frères humains… » Ton dessin des arbres, J. ! Tout est arbre et conduit au ciel, et les arbres de pendus, et les arbres de soleil et les arbres de fleurs, et le cercle se referme.

Et je vous le dis, ô vivants ! J’allais mourir, mon cœur défaillait. La parole du Christ à Lazare s’est fait entendre dans mon cœur. Je me suis levée et j’ai couru réveiller K., et K. s’est levée. Et nous avons ramassé les pages du livre et la plume que, trop faible, j’avais laissé s’échapper de mes mains, et nous avons pris de la nourriture : gâteaux, eau et fruits, ce qu’il y avait dans la maison, si peu de chose, car nous jeûnons elle et moi, depuis tant de jours – en fait, réellement, matériellement depuis le 18 environ, jour de ma première aube.

Je n’oublie rien, je me souviens, tout est clair, et je marche et entraîne dans mon sillage tous ceux qui me croient et veulent m’écouter et m’entendre. Et je ne m’endormirai pas, je veillerai je vous le dis. J’ouvrirai les yeux aux signes nouveaux, je les transmettrai, je croirai, j’aimerai.

Ce sont les lois de toujours.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

« Tu ne tueras point » (l’espoir qui naît).

Demandez-moi tout, je vous dirai tout, car je sais et ne doute plus, je ne suis pas prête de lâcher pied, je vous le dis.

Le siège se lève. L’état de siège est celui des Justes qui tiennent et veillent et gardent la fameuse Cité.

C’est Amour, Foi, Confiance, ce n’est pas plus difficile que cela. Croyez, ô croyez-moi ! Croyez.

J., je t’attends pour porter la nouvelle. Je n’aurai pas assez de tous mes messages à ceux que j’aime et qui transmettront le Verbe, le mot, la voyelle A, Aimer.

A comme une porte, comme deux arbres qui se touchent et dont les branches se rejoignent. Voyez, regardez, je ne vous mens pas. A, et les pieds sont sur cette terre, les racines sont sur cette terre, vous les voyez, et les cimes aux cieux. Cela se passe ici, je vous le dis. Et sachez vous rejoindre vers la lumière qui est une. Voyez la lettre A, le verbe Aimer, la parole.

L’enfant ne peut dormir, qui sait lui aussi, et je lui ai dit de s’endormir car je veille pour trois, je veille pour dix, je veille pour mille, mais ils ne veulent pas s’endormir, ni K., ni JOR. Ce sont de bons gardiens, et ils aiment comme il faut aimer, trop pour aimer assez, et tout est vrai je vous le dis, et tout est clair pour moi, et les hommes de bonne volonté qui se lèvent, en marche vers la lumière.

Que l’on traduise ce texte dans toutes les langues. Je suis là, je demeure moi, et ma famille. J’attends mon Prince de l’Exil ; j’ai besoin de lui pour porter la nouvelle d’Amour et à l’un et à l’autre, et à tous ceux qui veulent nous écouter et voir. Nous leur prodiguerons des signes. Il est parti à la recherche des signes, je le sais, je l’ai su.

Regardez ma quête de lumière, je ne vous mens pas, tout est écrit en termes clairs ; lisez, voyez, ouvrez vos yeux. Tout était écrit de toute éternité.

Voyez : Aimer, le verbe et la voyelle A. Tous les signes sont bons. K. me montre les siens sur la feuille blanche qui enveloppait les dragées de mariage de mon frère. Elle détruit ses signes. Alors je lui dis de ma douce voix d’amour de ne rien détruire, que tout est bon et elle m’écoute ; déjà elle m’apporte le dos de la page blanche, cette matière blanche qui se colle aux vitres le jour de Noël pour simuler les cristaux de blancheur ; il nous faut toujours des messages. Vous le voyez, tout est trop clair et la neige trop blanche, il faut des simulacres à nos yeux aveuglés par l’erreur de ce monde. Et le dos de cette feuille qui portait la blancheur des cristaux de neige simulés est jaune – c’est ainsi. « La neige était sale », Troyat. Oui, même lui et ces signes faibles. Il ne faut rien perdre, je vous le dis, tous dans votre langage vous témoignez, si faible soit le cri, criez et vous vivrez. Et portez le verbe haut : Aimer. Voyez tous les signes, je vous les révèle. Et vous pouvez les révéler à vous-mêmes dans votre cœur, conscients et attentifs, et vous pouvez les proclamer à chacun, tous ceux que vous approchez, quels qu’ils soient et de toutes les manières. Et je donnerai ces fleurs à ma concierge, et la monnaie aux enfants de l’épicier, et une pièce aussi, si petite soit-elle, au porteur du télégramme que j’attends de toi, J., mon Amour, depuis si longtemps.

Mes anges, K. et petit JOR., s’endorment je vous le dis, et moi je veille, et je n’ai plus besoin de leur veille. Seulement leur présence aimante qui me rassure et témoigne de la vérité de ma vérité, que je transmets, et le courant passe je vous le dis, ô mon père, mes professeurs ; le courant passe, cette vérité première qui échappe toujours.

Laissez-moi cheminer doucement vers la lumière. Je suis « La nuit qui marche » (Baudelaire), et mes bas noirs sont à mes pieds et me réchauffent. Peu à peu la lumière se fait, ne soyez surtout pas pressés. Regardez toutes ces pages que j’ai noircies pour vous en encre verte depuis le début de ma quête ; je continuerai à vous envoyer des signes, malgré le doute qui renaît sans cesse et qui est prêt à me noyer, là dans mon cœur qui souffre, frémit, croit, doute, tremble et croit encore et toujours, et je ne vous abandonnerai pas.

« Elle est retrouvée l’éternité, c’est la mer allée avec le soleil », dit Rimbaud. Le soleil c’est moi, je vous le dis, la mer, mon J., perpétuelle mouvance qui n’a pas encore le message mais qui l’attend, le sait déjà et vient à ma rencontre dans l’écho de mes propres pas, ô Milosz, tu ne nous trompais pas toi non plus avec ta solitude, car il fallait pénétrer, franchir le désert, retourner les sables mouvants pour retrouver l’oasis, les vestiges enfouis du Royaume où les fruits et les arbres et les fleurs remplacent le sel, le sable nu, infertile mais fertile à tout.

Tout est contraire, rappelez-vous. Les contraires s’attirent. En physique, plus + –, toujours, n’oubliez pas cette loi. Einstein, je ne sais ce que tu as trouvé, mais c’est vrai, c’est la loi du mouvement n’est-ce pas ? Formule E ? Mais les signes ne me sont pas tous connus. Aidez-moi tous de vos lumières. Je vous apporte les miennes, et tous nous réécrirons le chant de vie éternelle et qu’il ne se perde plus jusqu’à la fin des temps, et nous vivrons ici je vous le dis, et là-bas, et c’est la même chose.

Les pieds des arbres sont sur cette terre et les cimes se touchent aux cieux.

Tout dort et je n’ai point peur. J’ai de la force pour deux, trois, dix milles, et tous ceux qui veulent prendre la relève, se lever de grand matin et veiller.

« La relève du matin ». Montherlant, j’ai oublié ton message, et il ne m’est souvenu que du titre, du nom de ce message, mais je sais qu’il est vrai et juste et source ; sa force et sa vérité résonnent aux Portes de l’Oubli, aux Portes du Temps.

Et tous mes rêves étaient vrais dans mes nuits, tous, je vous le témoignerai. Mais prenez soin de moi, ne soyez pas trop pressés, prenez patience car le verbe tue, et je suis votre sœur de détresse ne l’oubliez pas, je suis votre semblable et comme vous fragile, prenez patience, ne m’interrogez pas tous à la fois, je vous le révèlerai ce verbe, sur ces mêmes pages que je transmettrai et enverrai à tous les émissaires de vérité, qui les feront connaître.

Tout cela est bien effrayant mais je n’ai pas peur.

« Tout m’inquiète… je n’ai pas peur ».

Je crois seulement.

Attendez, espérez ne lâchez pas pied, l’aube vient, elle marche dans mes pas, et prenez patience, car je suis fatiguée, comme vous.

Et voilà : il est 6 heures et demi, l’heure du lait de l’enfant.

Attendez-moi, restez à l’écoute, Cavaliers du ciel ! Je suis à vous tout de suite ; laissez-moi seulement prendre mon souffle, le souffle de la vie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire